Quelles sont les étapes du plan de mobilité ?

Planificatrice urbaine analysant un plan de mobilité imprimé dans un bureau moderne avec vue sur la ville

Le plan de mobilité employeur (PDM) désigne un ensemble de mesures destinées à optimiser les déplacements liés à l’activité d’une entreprise, notamment les trajets domicile-travail. L’objectif est de réduire les émissions polluantes et le trafic routier. Depuis la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) votée en décembre 2019, les entreprises de plus de 50 salariés sur un même site situé dans une agglomération de plus de 100 000 habitants doivent en élaborer un.

La démarche suit un enchaînement précis, mais certaines étapes administratives restent mal connues.

Négociation annuelle obligatoire : le vrai point de départ du plan de mobilité

Un point rarement mis en avant dans les guides classiques : la contrainte juridique porte d’abord sur la négociation, pas sur le plan lui-même. Depuis les lectures récentes de la LOM et du Code du travail (articles L2242-17 et L1214-8-2), le volet mobilité doit être intégré aux Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) avec le CSE.

Le plan de mobilité employeur n’est formellement exigé qu’en cas d’échec de cette négociation. Cette nuance change la séquence logique : avant de lancer un diagnostic ou de nommer un chef de projet, l’entreprise doit d’abord ouvrir la discussion sociale sur les déplacements de ses collaborateurs.

Concrètement, cela signifie que les ressources humaines et la direction doivent préparer un état des lieux, même sommaire, des pratiques de mobilité avant la NAO. Sans cette préparation, la négociation tourne à vide et le passage au plan de mobilité formel devient inévitable, avec un calendrier plus contraint.

Groupe de professionnels participant à une réunion de concertation sur les étapes du plan de mobilité urbaine

Diagnostic mobilité : cartographier les flux avant d’agir

Le diagnostic constitue le socle technique du PDM. Son objectif est de mesurer la répartition modale des déplacements des salariés (voiture individuelle, transports en commun, vélo, covoiturage) et d’identifier les leviers réalistes de changement.

Ce que le diagnostic doit couvrir

  • La localisation des domiciles des collaborateurs par rapport au site, pour évaluer les distances et les alternatives de transport disponibles
  • L’accessibilité réelle du site en transports en commun, à vélo et à pied, en tenant compte des horaires décalés ou du travail posté
  • Les habitudes de déplacement professionnels (visites clients, inter-sites) et leur poids dans le bilan carbone scope 3 de l’entreprise
  • Les infrastructures existantes : parking, local vélo, bornes de recharge, douches

Plusieurs prestataires proposent aujourd’hui des diagnostics accélérés en quatre à six semaines, en exploitant l’open data transport et les données RH internes. Cette approche raccourcit considérablement le calendrier par rapport aux méthodes classiques pluriannuelles.

Le piège fréquent : se limiter à un questionnaire déclaratif envoyé aux salariés. Les taux de réponse sont souvent faibles, et les résultats biaisés vers les collaborateurs déjà sensibilisés. Croiser les données déclaratives avec les données objectives (codes postaux, lignes de transport desservant le site) donne un diagnostic plus fiable.

Plan d’action mobilité durable : prioriser selon la typologie des flux

Une fois le diagnostic posé, la tentation est de multiplier les mesures. La démarche efficace fait l’inverse : concentrer les actions sur les flux qui pèsent le plus dans le bilan des déplacements.

Si la majorité des salariés habitent à moins de dix kilomètres, le vélo (classique ou électrique) et le forfait mobilités durables deviennent les premiers leviers. Si les distances dépassent largement ce seuil et que les transports en commun sont absents, le covoiturage structuré ou le télétravail pèsent davantage.

Articuler les mesures entre elles

Un plan de mobilité qui empile des actions isolées produit peu de résultats. L’enjeu est de créer un système cohérent. Par exemple, proposer une aide à l’achat de vélo sans installer de stationnement sécurisé sur site revient à financer un équipement que les collaborateurs hésiteront à utiliser.

De même, le lien entre plan de mobilité et pilotage du scope 3 pousse certaines entreprises à intégrer le suivi des trajets domicile-travail dans leur reporting carbone. Cette approche donne au PDM une dimension stratégique qui dépasse le simple document réglementaire.

Transmission à l’autorité organisatrice de la mobilité : une étape administrative souvent oubliée

Le plan de mobilité finalisé doit être transmis pour avis à l’Autorité Organisatrice de la Mobilité (AOM) du territoire (métropole, communauté de communes, Île-de-France Mobilités selon les cas). Cette obligation ajoute un temps de validation que beaucoup d’entreprises découvrent tardivement.

L’AOM peut formuler des recommandations, notamment sur la cohérence du plan avec les infrastructures de transport existantes ou projetées. Ne pas transmettre le document expose l’entreprise à un défaut de conformité, même si le contenu du plan est solide.

La liste des agglomérations concernées et des communes incluses est disponible dans un arrêté publié sur Légifrance. Vérifier que le site de l’entreprise figure bien dans le périmètre évite de lancer une démarche inutile, ou à l’inverse de passer à côté d’une obligation.

Ingénieur en mobilité sur le terrain observant la circulation urbaine avec une tablette numérique pour l'élaboration d'un plan de mobilité

Suivi et mise à jour du plan de mobilité employeur

Un PDM sans indicateurs de suivi devient un document administratif classé et oublié. Les entreprises qui obtiennent des résultats mesurables sur la part modale définissent dès le départ des objectifs chiffrés (réduction du nombre de voitures solo sur le parking, nombre d’inscrits au covoiturage, utilisation du forfait mobilités durables).

Le suivi implique aussi une mise à jour régulière du diagnostic, idéalement chaque année, pour intégrer les évolutions : nouveaux collaborateurs, modification des lignes de transport, ouverture de pistes cyclables. Un plan figé perd sa pertinence en deux ou trois ans.

Le rattachement du plan de mobilité au reporting RSE et au bilan carbone renforce cette dynamique de mise à jour. Quand les données de déplacements alimentent directement le scope 3, le PDM cesse d’être un exercice isolé pour devenir un outil de pilotage permanent de la politique environnementale de l’entreprise.