La nouvelle mobilité recouvre un périmètre bien plus large que le vélo en libre-service ou la trottinette électrique. Elle désigne un ensemble de modes de transport, de services et de politiques publiques qui restructurent la façon dont les personnes se déplacent, en intégrant des dimensions sociales, environnementales et numériques. Mesurer ce que recouvre réellement cette notion suppose de comparer ses différentes composantes et d’identifier où se situent les écarts entre promesses et réalité.
Composantes de la nouvelle mobilité : tableau comparatif des modes et usages
Le terme « nouvelles mobilités » agrège des réalités très différentes en termes de technologie, de modèle économique et de public visé. Le tableau ci-dessous permet de distinguer les principales catégories.
| Catégorie | Exemples | Modèle dominant | Public principal |
|---|---|---|---|
| Mobilité partagée | Autopartage, covoiturage, vélopartage | Mutualisation d’un véhicule entre plusieurs usagers | Urbains et périurbains actifs |
| Mobilité douce / active | Vélo, marche, trottinette | Usage individuel, parfois en libre-service | Trajets courts en ville |
| Mobilité électrique | Véhicules électriques, bus électriques | Achat ou location longue durée | Particuliers et collectivités |
| Mobilité autonome et connectée | Navettes autonomes, robotaxis | Expérimentation, service à la demande | Zones pilotes, aéroports, campus |
| Mobilité comme service (MaaS) | Applications intégrées combinant transport en commun, vélo, VTC | Abonnement ou paiement à l’usage | Voyageurs multimodaux |
Ce découpage correspond aux quatre axes identifiés par les acteurs du secteur : mobilité douce, partagée, électrique, autonome et connectée. La cinquième catégorie, le MaaS, agit comme couche d’intégration numérique entre les autres.

Précarité mobilité en France : l’angle mort des solutions technologiques
L’innovation technique et la décarbonation captent l’essentiel de l’attention. Un fait structurant reste pourtant sous-estimé : environ 15 millions de personnes en France sont en situation de précarité mobilité, d’après Wimoov et Familles Rurales. Ce chiffre était de 13 millions en 2021, ce qui indique une aggravation continue.
Cette précarité conditionne l’accès à l’emploi, aux soins, aux études et au lien social. Elle ne se résout pas par la seule mise à disposition de trottinettes ou d’applications de covoiturage.
Le Laboratoire de la Mobilité Inclusive a mis en évidence un déséquilibre financier frappant : 150 millions d’euros consacrés à l’accompagnement des publics fragiles, soit 0,03 % d’une économie des transports évaluée à 520 milliards d’euros (coûts directs et indirects). L’écart entre les moyens alloués à l’innovation technologique et ceux destinés à l’inclusion révèle une hiérarchie implicite dans la définition de la nouvelle mobilité.
Ce que la précarité mobilité change à la définition
Quand on parle de nouvelle mobilité, la question n’est plus seulement « quel véhicule ? » mais « qui peut y accéder ? ». Les zones rurales et périurbaines restent largement dépendantes de la voiture individuelle. Les solutions de mobilité partagée se concentrent dans les métropoles, là où la densité de population les rend rentables.
La nouvelle mobilité, dans sa définition la plus complète, inclut donc la capacité des politiques publiques à garantir un droit effectif aux déplacements, pas uniquement à multiplier les offres de transport.
Approche RTA : réduire, transférer, améliorer les déplacements
L’approche RTA constitue le cadre méthodologique le plus utilisé pour structurer une politique de mobilité durable. Elle se décline en trois leviers :
- Réduire les besoins de déplacements motorisés et les distances parcourues, par un meilleur arrimage entre aménagement du territoire et transport (télétravail, urbanisme de proximité, covoiturage pour limiter l’auto solo)
- Transférer les déplacements vers des modes moins énergivores : vélo, marche, transports en commun, en remplacement de trajets effectués en voiture individuelle
- Améliorer l’efficacité énergétique des véhicules restants, par l’électrification, l’optimisation des motorisations ou le développement de solutions connectées
Ce cadre évite de réduire la nouvelle mobilité à un catalogue de gadgets. Il pose une hiérarchie claire : d’abord éviter le déplacement inutile, puis basculer vers un mode plus sobre, et seulement en dernier recours améliorer le véhicule lui-même.

Mobilité durable et transport : ce que les chiffres montrent sur le financement
Le secteur des transports reste le premier poste d’émissions de gaz à effet de serre en France. La transition vers des solutions de mobilité durable suppose des investissements massifs dans les infrastructures, les flottes de véhicules électriques et les services numériques d’intermodalité.
La Fondation Jean-Jaurès a souligné que la réforme du financement des mobilités reste incomplète face à l’urgence climatique et sociale. Les collectivités locales, devenues autorités organisatrices de la mobilité depuis la loi d’orientation des mobilités, disposent de compétences élargies mais de ressources contraintes.
Gouvernance locale et développement des nouvelles mobilités
La mise en place de solutions de mobilité à l’échelle d’une ville ou d’une agglomération repose sur plusieurs conditions simultanées :
- Un diagnostic des pratiques de déplacements existantes, incluant les publics éloignés de l’offre de transport
- Une planification des investissements sur le long terme, articulant voirie, stationnement vélo, bornes de recharge pour véhicules électriques et pôles d’échange multimodaux
- Une gouvernance transversale associant urbanisme, action sociale et politique de transport, pour éviter que chaque service agisse en silo
La nouvelle mobilité se définit moins par ses outils que par la cohérence de son pilotage territorial. Un réseau de trottinettes en libre-service sans connexion aux transports en commun ne constitue pas une politique de mobilité. Une application MaaS sans couverture des zones rurales non plus.
La signification de la nouvelle mobilité se lit finalement dans l’écart entre deux réalités. D’un côté, des métropoles où covoiturage, vélopartage et véhicules électriques composent un écosystème de déplacements diversifié. De l’autre, des territoires où l’accès à un mode de transport reste un obstacle quotidien pour des millions de personnes. Tant que cet écart persiste, la nouvelle mobilité reste un projet inachevé.