Partir à la retraite à 62 ans avec une pension complète n’est plus possible pour la plupart des générations encore en activité. Depuis la réforme et sa suspension partielle, l’âge légal de départ dépend de votre trimestre de naissance, et il se situe désormais au-delà de 62 ans pour toute personne née après août 1961. La question n’est donc pas seulement celle des trimestres manquants, mais d’abord celle de l’âge auquel vous avez le droit de déposer votre demande.
Âge légal de départ à la retraite : pourquoi 62 ans ne suffit plus
Le seuil de 62 ans reste ancré dans les esprits. Il ne s’applique pourtant plus qu’aux assurés nés avant septembre 1961. Pour les générations suivantes, l’âge minimal de départ augmente par paliers.
La suspension de la réforme des retraites, en vigueur jusqu’au 1er janvier 2028, a gelé l’âge minimal de départ à 62 ans et 9 mois pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Les personnes nées en 1963, 1964 et début 1965 relèvent de ce seuil. Au-delà, la progression reprend jusqu’à 64 ans pour les assurés nés en 1969 et après.
Une personne née en 1962 peut partir à 62 ans et 6 mois. Née en 1966, elle doit attendre 63 ans et 3 mois. Aucune demande de retraite de base ne peut être déposée avant d’avoir atteint cet âge, sauf en cas de départ anticipé.

Décote par trimestre manquant : le coût réel d’un départ sans taux plein
Un assuré ayant atteint son âge légal sans disposer de tous ses trimestres peut tout de même partir. Sa pension sera amputée d’une décote dont le calcul est strict.
Le nombre de trimestres manquants retenu est le plus avantageux entre deux méthodes : l’écart avec la durée d’assurance requise, ou le nombre de trimestres séparant l’assuré de 67 ans, âge auquel le taux plein est attribué automatiquement. Ce chiffre est plafonné à 20 trimestres maximum. Chaque trimestre manquant retranche 1,25 point sur le taux de liquidation de 50 %. Avec 20 trimestres de décote, le taux descend à 25 points de moins, soit 25 %.
La suspension de la réforme joue aussi sur ce terrain. Le nombre de trimestres pour le taux plein est figé à 170 jusqu’en 2028. Les assurés nés en 1964 et au premier trimestre 1965 bénéficient d’une exigence légèrement réduite par rapport au calendrier initial.
Impact sur la retraite complémentaire Agirc-Arrco
La décote ne se limite pas au régime de base. L’Agirc-Arrco applique un coefficient de minoration, temporaire ou définitif, sur la pension complémentaire quand l’assuré part sans taux plein au régime général. Le cumul des deux réductions pèse chaque mois sur le montant global perçu, et cette perte s’applique à vie.
Départ anticipé à la retraite : les dispositifs qui permettent de partir avant l’âge légal
Certaines situations ouvrent la possibilité de partir avant l’âge légal sans subir de décote. Les conditions diffèrent sensiblement du droit commun.
- Carrière longue : les assurés ayant commencé à travailler avant 16, 18 ou 20 ans peuvent partir plus tôt, sous réserve de justifier d’une durée de cotisation spécifique qui varie selon l’âge de début d’activité.
- Handicap ou incapacité permanente : un taux d’incapacité d’au moins 50 % permet un départ dès 55 ans, à condition d’avoir cotisé un certain nombre de trimestres en situation de handicap. L’inaptitude au travail, reconnue par le médecin-conseil, ouvre droit au taux plein dès l’âge légal, quel que soit le nombre de trimestres validés.
- Compte professionnel de prévention : les points accumulés au titre de la pénibilité peuvent être convertis en trimestres supplémentaires, avançant ainsi la date de départ possible.
Chaque dispositif obéit à ses propres règles. Un assuré reconnu inapte obtient automatiquement le taux plein à l’âge légal sans avoir à justifier de la durée d’assurance requise. C’est l’un des rares cas où le nombre de trimestres n’a aucune incidence sur le taux de liquidation.

Taux plein automatique à 67 ans et minimum contributif : les filets de sécurité
Pour les assurés qui ne relèvent d’aucun dispositif anticipé et dont la carrière reste trop courte, deux mécanismes jouent un rôle de plancher.
Le taux plein est attribué automatiquement à 67 ans. La pension est alors calculée à 50 %, sans décote, même si la durée d’assurance est incomplète. Le montant reste proportionnel au nombre de trimestres validés : une carrière de 120 trimestres sur 170 requis donne une pension réduite d’environ 30 % par rapport au maximum possible.
Le minimum contributif constitue le second filet. Il garantit un montant plancher de pension aux assurés partant à taux plein, y compris par le biais du taux plein automatique à 67 ans. Son montant dépend de la durée d’assurance : il est majoré pour ceux ayant cotisé suffisamment longtemps, et réduit proportionnellement pour les autres.
Rachat de trimestres : un calcul à mener avant toute décision
Racheter des trimestres auprès de l’Assurance retraite permet de compléter sa durée d’assurance. Le coût de l’opération augmente avec l’âge et le niveau de revenus. L’intérêt financier est surtout net lorsqu’il reste peu de trimestres à combler et que l’assuré approche de l’âge légal.
Au-delà de quatre ou cinq trimestres, le retour sur investissement s’allonge. Les données disponibles ne permettent pas de fixer un seuil universel de rentabilité : tout dépend du montant de pension espéré et de l’espérance de vie statistique.
Un départ à 62 ans au sens strict n’est envisageable que pour les générations nées avant septembre 1961 ou les bénéficiaires d’un départ anticipé. Pour tous les autres, l’arbitrage porte sur le choix entre partir dès l’âge légal avec une décote définitive ou prolonger l’activité de quelques trimestres pour atteindre le taux plein. Chaque trimestre manquant pèse sur la pension pendant toute la durée de la retraite, sans possibilité de correction ultérieure.